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Internet peut-il dénaturer les voyages ?

Avec l’arrivée d’Internet, la multiplication des plateformes de voyage et l’effet du « tout participatif », les habitudes des voyageurs ont été littéralement bouleversées; au point d’observer certaines dérives dans l’utilisation des NTIC. (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication).

Du tourisme dit unidirectionnel et statique, nous sommes passés à un tourisme dit collaboratif où les internautes recherchent toujours plus de participation, d’interactivité, et de mise en relation. Demain laissera place à un web sémantique, une nouvelle manière d’appréhender les attentes des internautes (le « tourisme 3.0 » comme le murmurent certains professionnels). Cette (trop ?) rapide évolution des technologies au profit du grand public a provoqué sans équivoque une plus grande liberté des internautes dans la préparation de leur voyage.

En quelques clics, nous avons accès à une quantité infinie d’informations touristiques incluant images, vidéos, conseils en tout genre. Les outils numériques actuels nous donnent la possibilité de visiter un lieu sans même y poser le pied (Google Earth / Google Street View / Google Art Project), nous conseille sur les points d’intérêt avoisinants et sur les meilleurs hébergements via les réseaux sociaux ou plateformes communautaires (Tripadvisor, Zoover) et nous permettent même de partager un voyage / un logement avec une personne ayant des envies / intérêts communs (TripnCo, Couchsurfing). Des avancées certaines au bénéfice des internautes mais qui peuvent également avoir leur part d’ombre.

1 – UN VOYAGEUR SUR-INFORMÉ

surinformation internet - © Najima Sahloumi
Sur Internet, la quantité d’information grandit continuellement, en raison de l’absence de contraintes d’espace ou de temps et des faibles coûts de production, d’édition et de diffusion. Pour 58% des français partant en vacances en 2011*, Internet a été une étape obligatoire dans la préparation de leur vacances. Ce sont plus de 17 millions* de nos compatriotes qui se sont rués sur la toile, digérant des centaines de pages à la recherche du séjour qui satisferait leurs critères de choix. Il est toujours intéressant de dénicher la bonne astuce pour éviter les sentiers battus d’un lieu un peu trop touristique, d’aller au plus près de la population locale et de se renseigner sur leurs modes de vie. Mais cette recherche perpétuelle du savoir ultime réduit considérablement l’effet de découverte. N’est-il pas regrettable de rester indifférent devant la scène la plus drôle d’un film car cette même scène était dans la bande-annonce (et vous l’aviez regardée !). Le voyageur moderne est au courant de tout. Au point même de concurrencer l’agent de voyage qui se sent parfois lésé, dans l’incapacité de conseiller et est réduit à un rôle d’hôte de caisse.

2 – UN MANQUE D’IMPROVISATION

mtourisme

Le voyageur moderne encadre son séjour de A à Z. De la préparation de sa valise à la réservation de son séjour, l’internaute chevronné a tous les outils en main pour organiser au mieux son voyage et éviter les déconvenues une fois sur place. Théophile Gautier, un grand romancier du 19ème siècle avait dit: « Un des grands malheurs de la vie moderne, c’est le manque d’imprévu, l’absence d’aventures… ». Cette citation est parfaitement d’actualité. La multiplication des offres packagées sur le net à prix préférentiels conduit l’internaute à préférer le séjour tout compris (transports + hébergements + visites guidées). D’autant plus que pour une certaine tranche de la population active, le temps devient de plus en plus rare; le besoin de voir un maximum de choses en un minimum de temps se fait ressentir (la valeur prix étant aussi un critère important).

3 – Internet : BANALISATIONS DE CERTAINES DESTINATIONS

Comment surfer sur Internet sans tomber sur les innombrables publicités qui inondent la toile, faisant la promotion de centaines de destinations toutes plus paradisiaques les unes que les autres ? Elles se présentent sous différentes formes et font le bonheur des éditeurs de sites car leur diffusion est un moyen de monétisation rentable. De la bannière classique à la promotion dit en « retargeting », en passant par les annonces au format texte « Adwords » et celles en libre circulation sur les réseaux sociaux, la publicité fait partie intégrante du paysage numérique. Même si le mode de diffusion est plus pertinent qu’il y a 2/3 ans (notamment grâce à la prise en compte des données de navigation de l’internaute), elle ne répond pas forcément à la demande initiale de l’internaute et offre une information parfois visible sur plusieurs sites de voyage. Cette redondance d’images aguicheuses et de slogans ventant les mérites d’une destination créent chez l’internaute une sorte de lassitude et de désintéressement.

4 – UNE PLANÈTE « NUMÉRISÉE »

planète_numérique - ©agiciel.net

C’est indéniable, le tourisme de demain sera plus numérisé, plus connecté mais également plus complexe. Cette interconnexion permanente devrait entraîner une profonde transformation des activités et des produits touristiques dans les années à venir. Sylvie Brunel, écrivaine française dans son ouvrage La planète disneylandisée, affirme que la montée en puissance de l’ »artificialisation » pourrait s’étendre à la plupart des attractions touristiques. « Google World Wonders » en est un bel exemple : cette plate-forme en ligne utilise la technologie « Google Street View » pour visiter virtuellement des sites du patrimoine mondial de l’époque moderne et antique, comme si vous y étiez. Cette technique, aussi innovante soit-elle, pourrait générer chez certains des comportements d’isolement et de rupture du lien social en préférant une découverte virtuelle d’un lieu, d’une destination.

5 – L’HYPERCONNEXION SUR LE LIEU DE VACANCES

hyperconnexion internet

Au cours de mes recherches, je suis tombé sur une étude intéressante mettant en opposition le comportement de deux types de profils face au NTIC : le voyageur social VS le voyageur dit « normal ». Traduction : le voyageur 2012 VS le voyageur 1990. Le résultat est sans appel et à peine surprenant : les médias sociaux sont partout, y compris dans les valises du voyageur :

Pendant leurs vacances

  • 85% des voyageurs utilisent les médias sociaux
  • 70% téléchargent des photos sur Facebook
  • 46% des voyageurs se géolocalisent via Facebook ou Foursquare

Ce phénomène d’addiction est au détriment du lien social réel et du temps passé à découvrir son lieu de vacances. Ceci concerne plutôt les jeunes de moins de 30 ans qui sont nés avec un clavier dans les mains et qui évoluent dans ce paysage numérique comme dans leur milieu naturel. Nicole Aubert, sociologue, décrypte très justement ce nouveau mal généré par l’importance d’Internet dans notre société : « L’hyperconnecté est dans une logique d’instantanéité. Chaque demande suscite une réponse immédiate qui lui délivre une sensation de plaisir similaire à celle d’une drogue ».  De la géolocalisation au partage de photos de vacances en passant par la recherche d’informations locales, le voyageur moderne a besoin de ce lien constant avec les NTIC.

De plus, la montée en puissance du m-tourisme et la possibilité, de se connecter n’importe où, n’importe quand, renforcent ce phénomène d’hyperconnection. Selon une étude réalisée par l’entreprise Brocade en juin 2012, 37% des 500 vacanciers interrogés déclarent qu’une bonne couverture réseau est un facteur déterminant lors du choix d’une destination. De plus, 86% des sondés déclarent vouloir bénéficier du WIFI gratuitement dans leur hôtel pour contenter, je cite : « leur dépendance à Internet ». La couverture des réseaux WIFI ne cesse de grandir en touchant l’ensemble des espaces publics : le métro, le train, l’avion, et même la voiture. La ville de New-York a eu l’idée surprenante d’utiliser les cabines téléphoniques de la ville, laissées à l’abandon depuis plusieurs années, pour les recycler en hotspots WIFI et fournir une connexion permanente et gratuite aux citoyens new-yorkais !

 

6 – BAISSE DU PRIX DES BILLETS D’AVION

achat-billet-avion

La concurrence faisant rage sur la toile, la baisse significative du prix des billets d’avion a vraiment permis de démocratiser ce type de transport (qui était, jadis, plutôt réservé à une élite). La circulation plus facile d’une « clientèle mondialisée » a contribué au développement d’une économie locale dans certains pays qui aujourd’hui fonctionnent en grande partie grâce à ce tourisme global.

Malgré tout, cette facilité à couvrir de longue distance en un minimum de temps a dénaturé quelque peu le concept de voyage. Nous ne considérons plus vraiment l’avion comme faisant partie intégrante du voyage mais plutôt un moyen de transport comme un autre pour aller d’un point A à un point B. Aujourd’hui on prend l’avion comme on prendrait le bus. Au cours de mes derniers voyages en avion, je me suis amusé à observer le comportement des usagers tout au long du vol. Tandis que je passe le plus clair de mon temps le visage collé  au hublot pour découvrir les paysages qui défilent sous mes pieds, d’autres dorment ou lisent leur livre du moment. Je ne note pas, en majorité, d’intérêt particulier de leur part à regarder ce qui se passe à l’extérieur. L’avion est devenu presque une étape contraignante, ne fournissant plus cette dose d’émerveillement et ne favorisant pas l’échange et le contact. KLM, la compagnie aérienne hollandaise, précurseur dans le lancement d’initiatives liées aux médias sociaux, a bien compris que l’avion était un espace d’échange, de partage et une étape à part entière du voyage. Avec leurs services « Meet & Seat« , les passagers ont la possibilité de choisir leur siège en fonction du profil de leur voisin. Ceci dans le but de provoquer la rencontre et de rendre plus agréable le vol en entretenant le lien social…

Travaillant dans le secteur du etourisme, je prends conscience des énormes possibilités et des avantages conséquents qu’offre Internet dans le secteur touristique quand il est bien utilisé : activation du lien social de façon ludique, bassin d’emplois, accès facile et étendu à l’information touristique, développement d’une économie locale et globale… J’ai mis simplement en exergue certains excès qui peuvent apparaître dans l’utilisation des outils numériques. Une utilisation intelligente d’Internet (modération des usages et prise en compte de son environnement par activation du lien social) parait prioritaire mais ceci repose sur un arbitrage personnel.

Sources :

*chiffres baromètre Raffour interactif – juillet 2012

L’hyperconnexion, source de stress (sante.lefigaro.fr)

Les vacanciers sensibles à la couverture réseau (lemondeinformatique.fr)

Le tourisme des années 2020 (tourisme.gouv.fr)

 

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